Notre immersion dans le temps nous condamne à l’alternance. Alternance permanente dans la succession de nos choix entre création et destruction, croissance et décroissance, vie et mort, acceptation ou refus, mal et bien souvent confondus… La religion qui est conciliation, trait d’union, et justification des opposés en sa finalité - comme la science se veut et se croit synthèse concurrente du perçu et du vécu bien que sans cesse ébranlée dans ses propres convictions -, nous incline, quant à elle, à un état de continuité et de constance dans notre penser autant que notre agir. A une durée sans fin, libérée des apparences et de nos limitations charnelles, dont l’issue inconnue, imperceptible à nos sens insuffisamment éveillés, s’oppose à la mort physiologique. Cette mort satisfait d’autant plus l’esprit du croyant que, déjà baigné d’éternité, ce moment tant redouté, ce passage hors du temps, n’a pour lui, pas même la durée d’un instant de sommeil avant l’éveil, « mille ans et plus, étant comparables à un jour » et beaucoup moins encore, aussi bien que l’inverse, à l’échelle relativiste du cosmique. La montée du désir et d’une jouissance sans équivalent, dans la copulation qui se veut acte d’amour, fournit assurément la plus commune et vivante image de l’état mystique et religieux : de don comme d’abandon ; d’unité et d’harmonie parfaite entre deux êtres n’ayant d’autre souci, en leur alternatif hérité des ondes initiales autant que des singes, que d’approcher l’au-delà de leur mort, dans une quête d’absolu face au mystère et au sacré qui les inonde, à leur insu. Et qu’on en fasse un objet de consommation uniquement physique et jouissif et non de communion entre deux êtres ne peut être qu’un blasphème : une désunion affirmée de l’union sacrée corps et âmes. En l’état religieux, qui tisse des liens secrets avec l’état de poète, tout dans l’univers n’est plus que parabole, matière à enseigner, découvrir et transfigurer notre libre créature pensante, agissante, et en perpétuel devenir, en un être spirituel et subtil, à l’image de son Dieu. En dépit de l’infinité des voies de traverses qui mènent à cet état premier autant qu’ultime - les plus glorieuses, les plus impénétrables et les plus humbles -, il n’est, tous comptes faits, de réelles inégalités entre les humains, qui ont toute liberté de se réaliser ou de se rater corps et âme dans leurs corps à corps d’aliénés, que dans le degré d’approche de cette communion avec le divin. A moins …qu’ils ne continuent de s’attacher aux jeux du cirque où les condamnés et martyrs ont encore, aux yeux des masses versatiles et abusées, l’apparent tort de s’être laissés vaincre pour une cause, ou un « ailleurs » impalpable, étranger à nos sens limités. Impalpable, hors de notre espace-temps ? Donc, de ce seul fait, illusoire, inexistant, néant à leur yeux. Mais alors… que d’inexistant, d’illusoire et de néant dans les sciences dites fondamentales qui ne cesse de nommer l’inaccessible !... Toutes réfutations du divin, aussi bien que des concepts scientifiques les plus élaborés tournent en rond, par leur commun refus de la science des sciences qui elle « relie » le tout, en retrouve les harmonies, et conduit au REEL divin, sans besoin de savantes équations dont certains détenteurs voudraient nous faire croire que par cette seule intelligence numérique, ils auraient droit à tous pouvoirs sur le monde et ses libertés créatrices, en tant qu’élite. Mais élus de qui ?... sinon d’eux-mêmes, en pleine divagation et faute de monstrueux orgueil « contre l’Esprit ».
Jean-Pierre Alliot, poète philosophe

















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