Christian Rouaud
a obtenu un césar pour son film Tous au Larzac. Crée à
partir d’archives, de témoignages d’aujourd’hui,
ce film est la continuité d’un autre sujet sur les ouvriers
de Lip. « J’ai voulu introduire le sujet comme
un western, les années soixante-dix nous parlent
d’aujourd’hui. L’histoire du Larzac me paraît
totalement contemporaine, Lip et le Larzac, c’est la lutte
des travailleurs et des paysans, de l’usine et de la terre.
Les 103 paysans qui devaient être expulsés par l’armée ont
vite compris qu’ils n’y arriveraient pas seuls. En
partenariat avec le mouvement de la paix, c’est un des films
possible sur le Larzac, l’histoire est racontée par 9
protagonistes et un dixième : le paysage. »
précise Christian Rouaud. Onze années ont été nécessaires dans ce
combat non-violent car il n’y avait de choix au départ que de
« prendre le fusil ou partir », la
première manifestation a eu lieu à Rodez en 1972 où les paysans
sont montés en tracteurs, il y avait 20 000 personnes. Puis ce
furent d’interminables actions : occupation des terres
pour la culture, manifestation silencieuse à Paris, création de
comités, slogans peints sur les engins militaires, mini-ferme sous
la tour Eiffel… Au bout du compte, c’est
l’élection présidentielle de 1981 qui donnera la victoire aux
paysans alors même que tous les recours étaient épuisés. Mais ce
film en plus d’être émouvant trente années plus tard,
c’est aussi une adaptation sonore où des musiciens bretons
interviennent avec la même conviction que l’auteur : Pat
O’May, Roland Becker, Patrick Molard, le bagad de Locoal
Mendon y apportent beaucoup de poésie. Michèle Vincent
intervient comme témoin de l’époque dans le film avec Joseph
Pinaud membre d’un comité local, sont deux combattants de la
première heure qui rappellent quelle fut la place de la solidarité
dans cette aventure qui les a unis pour longtemps, la place
importante de l’humour : « il n’y a
jamais eu de chèvres dans le Larzac, à part Staline le bouc du
film ! » (sourires), s’amuse Jospeh
Pinaud. Les témoignages de gens du pays ont valeur
d’enseignement aujourd’hui :
« ils l’ont fait, c’est donc
possible ! », une lutte paysanne qui a changé
leur regard sur l’organisation de la société, les syndicats
dominants et l’administration. Derrière ce qui s’est réellement passé,
un mouvement prend sa source au Larzac, dans de multiples combats
(OGM, mondialisation, agriculture paysanne…).
Aujourd’hui cette histoire a renforcé l’idée
qu’il peut y avoir une agriculture différente, sur la base
d’un modèle plus solidaire. Selon Joseph Pinaud :
« 8 000 hectares sont gérés à présent dans ce
territoire, le modèle existe donc, ce n’est pas de la
théorie, le Larzac est le seul lieu en France qui voit sa
population agricole augmenter, grâce à la diversification, aux
circuits courts et à la solidarité. »
Commentaires